Suivi de la construction d'une villa.
En juillet 84, avec Romain qui avait juste 3 ans je me suis échappée de la maison jusque dans la montagne ... C'est la première fois qu’il a dormi sous la tente, et c’était dans la Gordolasque ! Je crois bien que je m’étais entraînée à la monter, dans le champ, aux Lucioles…peut-être pour ne pas perdre la face devant Jean-Luc : si on était femme on n’en était pas moins capable et dégourdie ! Qui en doute ?! Plus probablement, je tenais à dormir toute la nuit : pas question que le vent emporte la toile ! En 84, Annie et J.Luc louaient encore le chalet des Cervel, celui que nous avions partagé avant la naissance de nos enfants, lorsqu'il n'était question que de retour à la terre et de marche verte...Quand nous ne marchions pas, on avait de quoi faire avec « savoir revivre », la « Bible » que Jean-Pierre avait dénichée je ne sais où et qui se trouve aujourd'hui encore sur sa table de chevet! Sérigraphie, tissage et fromage, confiture ! J'en oublie mais je me rappelle bien les rires et les colères, les longues soirées de discussions... Mais en 84 le grand plaisir, ce fut de courir vers le torrent et le pont de bois, d’approcher avec hésitation puis confiance « Picotin » qui transportait les bagages de scouts en vadrouille dans le coin, d’observer toutes sortes de petis insectes ( dont les redoutables taons !) et de cueillir en douce des fleurs interdites ou de s’acharner sur de petites branches de sapin … Romain n’était pas seul, il y avait aussi Florent… et tous deux n’ont pas cessé de se chamailler ! Romain y allait de ses taquineries et de ses provocations..Jean-luc se prenait pour Florent et organisait sa défense, comme l’entraîneur stimule son boxeur en difficulté ! « Donne-lui des coups de pied, tire-lui les cheveux, frappe-le ! ». Le conflit des « bébés » de 3-4 ans prit ainsi une dimension épique ! L’adulte poussait à l’affrontement et Florent défendait les couleurs de son père…Devant ce combat de titans dont la portée symbolique ne nous échappait sans doute pas, Annie et moi restions sans voix, plongées toutes deux dans le même malaise désagréable et la même perception , aiguë, du ridicule !! J’observais la scène telle une carpe muette, mais je fus comme sidérée lorsque j’entendis Jean-luc commenter le prénom que nous avions choisi : « ROMAIN » , un prénom rien moins qu’IMPERIALISTE ! On imagine mal aujourd’hui le coup de tonnerre qu’une telle remarque pouvait encore provoquer, à 16 années pourtant de Mai 68 ! Domination culturelle ou économique, stade suprême du capitalisme, autoritarisme, politique d’expansion, etc!!! L’horreur ! Enfin, l’Affaire a fini par se régler, et sans trop de mal puisque les parents ne se sont pas fâchés ! Le mois suivant, du 1er au 15 Août, Jipé a loué le même chalet dans la Gordolasque pour y travailler – à sa thèse sans doute. Deux fois j’y suis montée avec Romain qui étrennait ses 1éres chaussures de marche ! ¾ d’heure de marche en montée vers la cascade, dans le parc du Mercantour. Cris des marmottes, les vaches et le berger, le barrage et son mécanisme, l’usine ! La randonnée, quoi ! Ce qu’on adorait ! Ce qu’on voulait transmettre ! Et ce pourquoi, sans doute, nous nous sommes retrouvés dans la Gordolasque, pour les 25 ans de Romain !